J’ai entendu : Tropic of Cancer – Stop Suffering

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Où il est question de froideur muette, de grévistes enragés, de boule d’angoisse et du battement d’ailes d’un papillon…

Tu rentres tard chez toi, un soir de mauvais jour. Tes semelles pèsent trois tonnes, et tes paupières aussi. Tu voudrais chialer, hurler, taper contre les murs, mais il est tard et les enfants dorment déjà. Ta femme te regarde d’un air compatissant. Elle prend son élan, s’apprête à ouvrir la bouche mais, finalement, se ravise. L’intuition féminine, sans doute. A moins que ce ne soit cette froideur muette dans ton regard.

Ton boss t’a pourri la vie. Quelques mots de travers, une attitude un peu trop désinvolte, tous les prétextes sont bons. Tu n’as jamais apprécié l’autorité de toute façon. Ces crétins arrogants qui, sous prétexte qu’ils te paient, se croient tout permis, tu leur ferais avaler leur langue si tu pouvais. En attendant, les couleuvres, c’est toi qui les avales. L’autre jour, aux infos, tu as vu un groupe de grévistes enragés s’en prendre à leur patron. Tu t’es dit qu’il faisait moins la malin avec sa chemise en lambeaux. Tu t’es aussi dit que sa cravate ridicule ressemblait à une corde de pendu. Ça t’a bien fait marrer. Il avait dû le chercher après tout.

Ce soir, tu ne ris plus du tout. Tu t’affales sur le canapé, la tête entre les mains. Tu n’es plus ni mari, ni père, ni ami, ni homme. L’un après l’autre, tous tes masques sont tombés en miettes. Tu n’es plus qu’une boule d’angoisse, prête à sauter à la gorge du premier venu. La colère te consume. Il faut que tu te calmes. Tu n’as pas à souffrir. Tu dois pouvoir t’en sortir autrement. Regarde autour de toi. Dans la torpeur moelleuse d’un canapé vert anis, dans les bras chargés de promesses de la femme que tu aimes, Stop Suffering. Tropic Of Cancer s’occupe de tout.

La vie ne vaut d’être vécue sans musique. Quand tu donnais ta langue au chat, quand tu vendais ton âme au diable, c’est elle qui te sauvait. Et, cette fois encore, c’est elle qui vient à ton secours. En apparence, il suffira de trois fois rien – un mouvement subtil, des variations infimes, le battement d’ailes d’un papillon – pour faire refluer ta peine. De prime abord, la musique de Tropic of Cancer n’a rien de spectaculaire. Elle s’installe patiemment, s’instille avec lenteur. Comme un médicament qui agirait à retardement, ses effets ne se font pas sentir instantanément. Seconde après seconde, l’antidote grignote du terrain, imperceptiblement, jusqu’à ce qu’au bout du traitement, le patient, le cœur délesté, crie au miracle.

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