Nesles : Permafrost, un album-monde inespéré

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Le 29 septembre, Nesles a sorti Permafrost, un disque-monde inattendu, inespéré, dont personne ne sortira indemne.

« Rien ne prépare à Permafrost »

La Terre se réchauffe et j’avance, inconscient, sur le permafrost. Le sol gelé est comme une page blanche à perte de vue. Tiraillé entre tentation d’un nouveau départ et peur panique du vide, je ne sais plus trop sur quel pied danser. Sous le zéro, des espèces disparues, cryogénisées, attendent le dégel. A cette idée, mon sang se glace et mes pieds s’immobilisent. Cette fois, le dossier de presse ne mentait pas : « Rien ne prépare à Permafrost », le nouvel album de Nesles.

Le permafrost est en même temps un refuge et un piège. Rares sont les hommes à l’avoir foulé de leurs semelles lourdes de vanités. Le permafrost est une vierge aux pieds froids, drapée dans un silence austère, prête à sauter à la gorge du premier marcheur égaré qui la piétinera. Les terres qu’on croirait mortes sont des belles au bois dormant qu’un rayon de soleil trop ardent suffirait à réveiller. Ici, la mort est un état provisoire. Permafrost est une traversée dont vous ne ressortirez pas indemne. Peut-être même que vous n’en reviendrez jamais.

Nesles Permafrost photo artiste

Nesles s’aventure en terres inconnues

Je vous le redis. Rien ne nous avait préparé à Permafrost. D’ailleurs, les paysages dessinés par Nesles ne ressemblent à aucun autre. Tout ici est revu et corrigé. Montagnes vallées revisitées. Les codes de la chanson française, revisités eux aussi. Quand, l’espace d’une seconde, on se dit qu’on a déjà entendu ça quelque part, l’instant d’après, on est déjà transporté ailleurs. Certes, Nesles advient après d’autres explorateurs de la chanson française. Certes, il baigne dans la culture pop anglo-saxonne comme dans un bain de minuit. Mais Permafrost est une œuvre d’une telle richesse, d’une telle densité, qu’elle se suffit à elle-même. J’ai lu quelque part qu’il y avait un avant et un après Permafrost. Et il se pourrait même que ce soit vrai.

Nesles s’évade, s’enfuit : « j’ai quitté les clubs, les fratries, je me suis banni de toutes les confréries ». Loin des zones habitées, débarrassé (temporairement) des tourments de la comédie humaine, l’artiste s’aventure en terres inconnues pour mieux se foutre à poil. Peut-on vraiment se connaître sans se dépouiller ? Sur Permafrost, la voix de Florent Nesles est parfois aride. Mais derrière cette sécheresse apparente, les mots se font arbres, forêts, sentiers, cailloux, montagnes, vallées. Les arrangements de cordes complètent encore la luxuriance des décors. Si bien que ce qui aurait pu n’être que rauque et rock devient un univers poétique à tous ceux qui oseront écarter les broussailles.

Nesles PermafrostMicrocultures / Differ Ant

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