J’ai entendu : Joanna Newsom – Have One On Me

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Où il est question de cheveux imaginaires, de contes de fées, de jardins des délices et de rêves éveillés…

Elle est grande et belle. Elle se cache derrière des rangées de violons. Et, pourtant, je ne vois qu’elle. Elle essaie de se faire discrète, se dérobe à mes regards mais rien n’y fait, je n’ai d’yeux que pour elle. La harpe ressemble à un arc qu’on aurait construit pour faire la paix.
Regardez-la, la harpiste. C’est elle, la plus belle. Elle ne fait qu’un avec son instrument. Ses doigts volent d’une corde à l’autre, on dirait qu’ils peignent des cheveux imaginaires. Ses poignets semblent si fins qu’on aurait peur qu’ils se cassent. Mais non, ses mains continuent de galoper, cheveux au vent, entraînant dans leur sillage fées, licornes et autres rêves éveillés.
Les harpistes sont des personnages surnaturels échappés d’un conte de fées. Je ne vois pas d’autre explication possible. Écoutez Joanna Newsom. Un instant, sa voix est celle d’une enfant. L’instant d’après, on croirait qu’elle a vécu mille ans. Si ce n’est pas de la sorcellerie…
Des envoûtements pareils, on en redemande. Have One On Me est un triple album et il faudrait être fou pour bouder son plaisir. Joanna Newsom nous emmène pendant près de deux heures dans des jardins des délices dont elle seule a les clés. On la suit dans les méandres de ses chansons alambiquées. Rien n’est épargné aux amateurs de formats radio, qui n’y retrouveront pas leurs petits. Mais, pour les autres, ceux qui aiment l’aventure, il suffira de se laisser porter par cette voix métamorphe et les arrangements soyeux, qui donnent une ampleur phénoménale à la psyché folk de la miss.
Joanna Newsom n’a pas son pareil pour nous faire faire des détours, nous éloigner de la voie principale. Et, béats, amoureux, on la suit sans hésiter dans ses charmantes digressions. On oublie les lignes droites et les destinations. Ce qui compte, c’est le chemin. Et avec Have One On Me, le chemin parcouru est immense aussi bien dans l’ambition que dans la maîtrise. Un compagnon d’évasion parfait en ce trouble mois de janvier.

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