J’ai entendu : Tristen – Mars en Marche

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Je pourrais m’arrêter de dormir et de manger,  je pourrais perdre du poids et même mon emploi, mais je ne m’arrêterais pas d’écrire sur la musique. Et tout ça pour quoi ? Mais, par amour, pardi !

Pour consacrer, chaque jour ou presque, après mon activité salariée – et parfois même pendant – une troisième demi-journée à me triturer les méninges pour dire quelque chose d’intelligent sur les disques qui m’ont touché, il faut de l’amour, de la passion. Et qu’importe si cette passion me rend dépendant ou si elle me consume, car sans elle, je ne serais plus que l’ombre de moi-même. Si on me l’enlève, je tombe. Comme une marionnette sans fil, comme un avion sans ailes, je me casse la gueule. On me retrouvera, ombre fantomatique, âme en panne, vieille carcasse rouillée, au cimetière des mélomanes.

De l’amour, donc, il en faut. Beaucoup. Pour la musique mais aussi pour ceux qui la font. Avant de m’aventurer dans leur univers, je pensais qu’il s’agissait d’êtres surhumains, dotés de pouvoirs surnaturels. Et puis, à force d’en côtoyer quelques-uns, je me suis retrouvé comme un enfant qui croise sa maîtresse d’école au restaurant et s’étonne de la voir manger. Ces gens-là ont la plupart du temps des préoccupations très ordinaires. Ils achètent des œufs et du papier toilette à la supérette du coin, prénomment leur enfant Louis et l’emmène(ro)nt à l’école tous les matins.

Prenez Sébastien Pasquet, par exemple. C’est un jeune papa sympathique et attentionné. Son fils a le même prénom que le mien. Je sais ce que tu vas me dire, ami lecteur : les grands esprits se rencontrent.

Tristen Mars en marche

J’ai découvert Sébastien (et sa femme), il y a quelques mois, avec leur duo Blanche as a Name. Et, au début de l’été, je reçois une lettre. C’était Sébastien qui m’envoyait son nouvel album, Mars en Marche, avec la mention manuscrite : “En espérant que ce nouveau Tristen te plaira autant que Blanche as a Name”. S’il m’a fallu si longtemps avant de t’en parler, c’est moins par procrastination que par plaisir d’écoute solitaire. J’aurais voulu le garder encore un peu pour moi tout seul. Mais puisqu’il est sorti lundi dernier, il est grand temps de partager un peu d’amour.

J’aime bien Sébastien mais, quand j’écoute les paroles de ses chansons, je le trouve quand même un peu dérangé. Franchement, un dieu de la guerre en mouvement, qui se prend un lustre dans la gueule dès la deuxième piste de l’album, faut avouer que c’est assez pop. On se croirait dans Six Feet Under. Rien ne se passe jamais vraiment comme on serait en droit de l’attendre. Sur Mars en marche, Tristen défie les prévisions, slalome à la frontière du banal et de l’incongru et capture un peu de la folie ordinaire des hommes. De murder songs surréalistes en chansons d’amour bancal(es), il déroule un univers à la fois tendre, politique et doucement barré.

En musicien touche-à-tout, et, qui plus est, bien entouré, Tristen habille ces textes doux-amers de sonorités et d’arrangements subtils et audacieux. Mi-variété, mi-underground, ou ni l’un, ni l’autre, son univers, dixit l’intéressé lui-même, fait le grand écart entre Tortoise et Mike patton d’un côté, et, de l’autre, Abba et Véronique Sanson. Si quelqu’un d’autre m’avait annoncé la même mixture, j’aurais pris mes jambes à mon cou. Mais, ici, le mariage de ces influences hétéroclites est parfaitement assumé. Le résultat : des chansons bien écrites, qui ne sombrent jamais dans la redite ou la facilité et un album de haute voltige. L’un des tout meilleurs disques en français sortis cette année.

P.S. : J’aime bien Sébastien mais j’aime bien aussi François. Alors, quand François interviewe Sébastien pour ses Chroniques de Mandor, j’ai toutes les raisons d’aimer…

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